Certains voient dans François Rabelais un précurseur de la pornographie moderne. Son Pantagruel a d'ailleurs été condamné en 1533 comme ouvrage "obscène" par la Sorbonne. Mais cette condamnation portait sans doute moins sur l'obscénité du livre que sur son esprit général (que l'on peut qualifier de carnavalesque), trop éloigné des enseignements de l'Église. L'uvre de Rabelais témoigne en outre d'une mentalité pour laquelle la sexualité faisait encore pleinement partie de la vie humaine et n'était pas considérée comme un sujet "tabou", interdit à la représentation et au discours commun. À cette époque, une catégorie comme la "pornographie" était en fait inconnue, et l'accusation d'obscénité visait beaucoup plus des comportements que des représentations (écrites ou graphiques).
Les guerres de religion qui déchirent peu après l'Europe et le mouvement de la Contre-Réforme qui va s'ensuivre modifient cependant profondément les murs de l'époque : d'une part, la dévalorisation de la "chair" dans ce contexte de religiosité exacerbée sera générale au XVIe et au XVIIe siècles, tandis que l'Église cherchera à contrôler les comportements les plus intimes de ses sujets (par l'entremise de la confession notamment). Si les représentations pornographiques ne sont pas prioritairement visées, elles sont les victimes de ce climat général de "puritanisme" (au sens courant du terme) qui s'installe en Europe : c'est alors qu'on repeint des feuilles de vigne sur les fresques de Michel-Ange au Vatican.